La veuve et le juge inique

Frères et sœurs en Christ, le 9 mai dernier, la prédication portait sur l’ami importun. Ce qui ressortait, c’était l’insistance, la persévérance, le harcèlement dans la prière afin d’obtenir gain de cause. Aussi, j’aimerai vous rappeler un passage de cette prédication comme un rappel et une continuité en rapport avec ce qui va être dit aujourd’hui. Je lis ‘’ En fait, dans la prière, il faut oser importuner Dieu, avec vigueur, avec foi. C’est ce que fait l’homme importun dans cette parabole, il est vigoureux et veut obtenir gain de cause. Il n’a de cesse de demander pour recevoir.

Il n’est pas courant d’entendre une histoire qui finit bien, surtout avec tous les médias qui nous inondent de toutes sortent d’informations voir de désinformations. Alors, profitons.

1 Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. 2 Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. 3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse. 4 Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, 5 néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. 6 Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. 7 Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? 8 Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Il est rare aussi que les Evangiles présentent la finalité d’une parabole avant que Jésus ne l’ait donnée. Or, dans notre parabole d’aujourd’hui, il est écrit au tout début « Jésus leur adressa une parabole pour montrer qu’il faut toujours prier et ne point se relâcher ». Lc18.1

Jésus présente deux personnages, une veuve, plus que déterminée, et un juge qui ne craint pas Dieu et qui n’a d’égard pour personne. Une injustice a été commise envers cette veuve qui demande justice. Seul le juge peut lui rendre justice.

Avant d’aller plus loin dans notre réflexion, regardons le contexte de l’époque.    

Du temps de Jésus, il y avait deux systèmes juridiques.

En effet, le Sanhédrin, qui siégeait à Jérusalem, veillait à ce que les Juifs soient soumis au système juridique de la Torah.

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Mais un deuxième système prévalait, le système juridique imposé par les romains.

Le Sanhedrin était donc dépositaire d’un pouvoir décisionnaire juridique, judiciaire et religieux important. Il ne pouvait donc pas prononcer de peine de mort. L’exemple le plus connu est celui qui concerne le procès de Jésus.

Toutefois, d’après l’organisation judiciaire juive de cette l’époque, le fait de consulter un juge suggère qu’il s’agit d’un contentieux financier.

Le contentieux qui apparait dans la parabole a été tranché en faveur de la veuve, il n’a plus à être jugé et la décision de justice doit être appliquée d’où le sens de l’expression « fais-moi justice ».

Le contexte social de l’époque faisait qu’une veuve était plus que vulnérable. La femme n’était pas considérée comme une personne juridique et était privée de tout droit.

La femme ne pouvait plaider, c’était aux hommes de la représenter et ici, il s’agit d’un juge qui seul peut lui rendre justice. Son devenir était entre leurs mains.

La femme juive de l’époque ne pouvait prétendre à aucune place, ne représentait que peu de chose et sa misère était d’autant plus grande si elle était veuve et en plus sans enfant. La misère l’attendait avec la mendicité ou bien elle était à la merci des hommes.

Quant au juge, nous ne savons pas s’il s’agit d’un juge dépendant de Rome. Ce qui apparait cependant, c’est qu’il ne craint pas Dieu et n’a d’égard pour personne. Ce n’est pas que ce juge soit incompétent, mais il n’a que faire d’une veuve qui ne représente rien dans la société. Dès lors, pourquoi s’en préoccuper ?  La compassion envers les plus faibles ne fait pas partie de ses valeurs. Sa foi est inexistante et il n’a aucune raison de se pencher sur le cas de cette femme sans valeur à ses yeux.

Ce juge, n’est d’aucun secours. Il ne craint pas Dieu, il s’agit donc d’un impie et, qui plus est, indifférent, pour qui la fonction de juge n’est qu’un gagne-pain. Il n’a aucun égard à l’institution divine.

Il n’a qu’un seul but, prendre soin de lui et non du bien de la société et il se soucie encore moins du respect de la loi de Dieu. Il est égocentrique et refuse d’écouter la plainte de la veuve.

Cependant, elle n’abandonne pas. Elle vient lui dire sans cesse, fais-moi justice de ma partie adverse (18 :3). Elle l’importune afin qu’il cède à sa demande. Elle est persévérante dans son attitude.

Or, ce qui compte pour le juge, c’est son confort, sa tranquillité. Donc, pour se débarrasser de cette veuve, pour être tranquille et voir cesser ce harcèlement, il décide de lui faire justice. (18 :5) Il ne craint pas Dieu pour autant et se moque de l’opinion d’autrui ou du droit de cette veuve. Il finit néanmoins par rendre la justice afin de ne plus être importuné par cette femme têtue qui ne cède rien face à cet homme qui a un statut social autre que le sien.

Les premiers disciples à qui Jésus raconte cette parabole, s’attendaient peut-être à ce que Jésus leur parle de cette pauvre veuve. Et bien non, Jésus ne parle pas tant de la pauvre veuve que de ce juge inique à l’attitude si répréhensible. Le Seigneur dit : « entendez ce que dit le juge inique » (V6). Pourquoi Jésus met-Il le juge en avant et non la veuve ?  Pourquoi les disciples doivent-ils écouter des propos qui concernent un homme si méchant. Quelle sorte de leçon Jésus veut-il enseigner à ses disciples en se servant du comportement de ce juge ?

En fait, Jésus se focalise sur le mauvais comportement de ce juge pour donner une compréhension de Dieu le Père.

Cette parabole est donc bâtie : « par opposition ». Les mauvaises actions des hommes sont mises en exergue afin de les confronter, les opposer aux bonnes actions, aux bonnes intentions de Dieu envers les hommes. 

Jésus met en relief les mauvaises actions de ce juge inique afin de faire ressortir l’amour de Dieu pour l’homme. Cela peut paraître surprenant. En effet, Jésus ose une comparaison entre deux juges, le juge inique et le Juge divin afin d’illustrer le caractère divin du Père, afin de le mettre en lumière.

Jésus enseigne que si ce juge inique exauce la demande d’une veuve qu’il ne connait pas et pour laquelle il n’a aucun égard, à combien plus forte raison le Dieu Saint d’Israël écoutera t’Il les prières persévérantes de ses enfants qu’Il connaît ?

Le Seigneur qui aime ses enfants d’un amour éternel n’exaucera t’Il pas leur demande quand ils élèvent leurs cris vers lui dans la difficulté. D’ailleurs Jésus dit : « Dieu ne fera t’-Il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuits, et tardera t’Il à leur égard ? Je vous le dis, Il leur fera promptement justice » (18 :7-8).

L’enseignement donné à travers cette parabole ne questionne pas les disciples. Aucun d’eux n’interroge Jésus pour en comprendre le sens comme ce fut le cas pour d’autres paraboles. Les disciples comprennent que la relation dont ils jouissent avec Dieu est supérieure en toutes choses.

Quelles différences peut-on voir dans la relation avec le juge inique et la relation avec le divin Juge ? Plusieurs choses sont à prendre en compte.

  • La veuve est une étrangère pour le juge mais pour Dieu, elle fait partie de son peuple, elle n’est pas étrangère, il la connaît ;
  • La veuve est seule face au juge inique mais face à Dieu, elle fait partie d’un grand nombre qui le prient, elle fait partie de la multitude des bien-aimés de Dieu, elle n’est donc pas isolée ;
  • Le juge inique refuse de l’écouter alors que Dieu accueille ses prières, l’écoute et l’exhorte à venir avec assurance devant son trône ;
  • Le juge est inique alors que le Père est un juste juge dont il est possible de s’approcher, un juge saint qui a compassion de ceux qui sont dans la détresse ;
  • Personne ne prend la défense de la veuve. Dieu le Père a donné un avocat pour la défendre, Jésus Christ le juste ; 1Jn 2 :1
  • La veuve ne reçoit aucun encouragement de la part du juge inique. En Dieu est donnée la promesse qu’il écoute et exauce les prières ;
  • La veuve ne peut aller à la rencontre du juge inique qu’à certains moments. Dieu le Père accueille ses enfants nuit et jour ;
  • Le harcèlement de la veuve a contrarié le juge inique. L’insistance et la persévérance de tout enfant de Dieu sont agréables au Père.

 

Contrairement au juge inique, l’Amour de Dieu pour son peuple est sans limite. Dieu a un plan pour chacun de ses enfants. Dieu tient à ses enfants et les garde comme la prunelle de ses yeux. Dt 32 :10

Cette parabole peut-elle nous parler encore aujourd’hui ?

Peut-on s’identifier à cette pauvre veuve ?

Il est facile de répondre par l’affirmative si nous relevons le défi de la persévérance. Cette veuve est face à un juge inique.

Pourtant elle refuse de baisser les bras, elle refuse d’abdiquer devant ce qui est une montagne à faire bouger, à renverser. Le juge inique cède et rend justice.

Le parcours de cette femme, dans la parabole, est difficile car elle n’a aucun soutien, aucune écoute.

Qu’en est-il pour nous ? Est-ce aussi compliqué ? Bien sûr que non ! Notre juge n’est pas inique mais juste ! Bien plus, c’est un Père aimant !

Pourtant, bien des chrétiens s’imaginent qu’il ne faut surtout pas importuner Dieu. Souvent, on fait une demande et on attend … et s’il n’y a pas de réponse, nous pensons que Dieu décline notre demande et qu’il est inutile d’insister.

Dieu invite ses enfants à persévérer, à intercéder. D’ailleurs, le Lieu très Saint n’est-il pas accessible jour et nuit dorénavant ?

Nos prières peuvent revêtir diverses formes, avoir divers sujets, qu’importe, Dieu nous dit de venir devant son trône de grâce.

Nous avons vu que Jésus a procédé par « opposition ».  Il compare, d’une part, le juge inique à Dieu mais d’autre part, la veuve à l’Eglise.

La veuve de la parabole représente l’Eglise en prière, en intercession. L’Eglise est l’épouse du Christ, et tout comme cette veuve, l’Eglise est souvent seule face aux aléas de la vie, face à des décisions iniques prises par la société des hommes impies.

Nous pouvons, chacun pour notre part, avoir le sentiment d’être seul face à l’injustice et à la méchanceté des hommes. Pourtant la présence de Jésus auprès de nous, dans son Eglise, est bel et bien réelle.

Jésus dit que lorsque deux ou trois sont assemblés en son Nom, il est au milieu d’eux Mt 18 :20. Jésus dit « Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Mt28.20

L’Eglise authentique est comme la veuve, vulnérable, exploitable et n’est pas à l’abri de la persécution.

L’Eglise authentique vit dans un monde qui la rejette.

C’est le statut de cette pauvre veuve : le rejet ! Alors, comme cette veuve, les enfants de Dieu peuvent et doivent élever leurs voix vers Dieu et lui dire « Fais-moi justice de ma partie adverse. » Lc18.3

Cette parabole ne contient que huit versets mais elle a une particularité qu’il faut souligner. Elle commence au verset 1 par le thème de la prière « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. »  Elle se termine sur le thème de la foi « Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Le Christ nous enseigne que la prière et la foi ne peuvent être séparées.

Aussi, il faut prier sans cesse, demander, importuner Dieu. N’hésitons pas à interpeller Dieu sur les injustices que nous voyons autour de nous, et même à l’importuner, si nous avons l’impression qu’il n’entend pas. Des sujets de prière sont sur nos cœurs, ce ne sont pas des prières égoïstes ou vénales, alors persévérons !

L’Evangile nous donne cette femme comme un modèle de foi. Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Cela signifie deux choses :

  • cela signifie en premier lieu que lorsque nous cherchons la justice, nous avons avec nous la force du droit ;
  • cela signifie en second lieu que la foi est indissociable de la persévérance.

 

Persévérons donc avec assurance dans nos combats. Jésus veut que nous gardions la foi, que nous priions, que nous lui fassions confiance, et ce, même dans les moments les plus difficiles de nos vies.

Nous vivons une époque de l’immédiateté et nous conformons parfois à cette façon de penser et de vivre, sans trop nous en apercevoir.

Cette parabole nous invite à quitter toute immédiateté et à nous confier en Dieu en persévérant dans la prière.

Combien d’entre nous ont prié et ont vu l’exaucement de leur prière bien longtemps après ? Combien d’entre nous ont persévéré et ont vu le fruit de cette persévérance ?

Dieu nous appelle à ne pas nous décourager mais à persévérer. C’est aussi une question de fidélité, ce qui a à voir avec la foi.

Jésus s’interroge à la fin de la parabole « trouvera-t-il la foi sur la terre à son retour ? »

Cela signifie que la foi demeure et qu’elle doit être vécue par ceux qu’il a choisis, qu’elle doit être saisie à bras le corps car elle nous a été donnée par grâce !

Jésus sait que ce monde déchu défie notre foi. Mais la foi est un don de Dieu ? Ce que Dieu donne à ses enfants, il ne le reprend pas. Par contre, ce qu’il donne ne doit pas être foulé aux pieds.

Lorsque Jésus dit ailleurs que « beaucoup abandonneront la foi » et « l’amour du plus grand nombre se refroidira » Mt24.10-11 il faut comprendre que cela ne sera pas le fait de Dieu mais des hommes.

Aussi, à travers cette parabole Jésus nous exhorte à tenir ferme, à persévérer dans la prière et dans la foi.

Le Fils de l’homme trouvera la foi sur la terre, à cause des élus.

« Et, si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés. » Mt24.22

Que Dieu nous trouve chaque jour dans la prière, dans l’étude de sa Parole, avec une soif de connaissance de sa Parole vivante.

Que nous persévérions, jour après jour, sans nous lasser, sans nous plaindre. Que la priorité dans nos vies soit notre Seigneur et Maître Jésus-Christ.

S’il advenait qu’il revienne demain, qu’Il nous trouve prêts pour le rencontrer, qu’il nous trouve prêts pour le repas des noces de l’Agneau immolé.

Jésus a vaincu le monde et nous a offert sa victoire à la Croix.

Est-ce à ce peuple que nous désirons appartenir ? Alors, ensemble, d’un seul cœur, d’une seule âme, prions et ayons foi en celui qui a donné sa vie pour nous. Croyons au Seigneur Jésus et nous serons sauvés, nous et notre famille. Ac16.31.

Persévérons jusqu’à la fin et le Seigneur nous donnera la couronne de vie.

Notre responsabilité personnelle est engagée en vue de l’éternité.

A Dieu seul soit toute la gloire.

Amen.

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