Le Magnificat

Est-il besoin de rappeler le contexte ? Un jour, un ange apparaît à Marie, une très jeune fille fiancée à un charpentier nommé Joseph. La nouvelle que l’ange lui annonce dépasse l’entendement : elle va être enceinte sans avoir connu un homme, par l’action de l’Esprit de Dieu lui-même, et portera le Fils de Dieu, le Messie tant attendu par Israël ! Suite à cette nouvelle incroyable, Marie part chez sa parente Élisabeth, qui, inspirée par le Saint Esprit, lui confirme son élection « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni » (v.42) Cette bénédiction est suivie d’un hymne de joie magnifique de la part de Marie. « Mon âme exalte le Seigneur » (v.46). Cet hymne est appelé « Magnificat » ou « cantique de Marie » ou encore, dans la tradition byzantine, « ode de la Théotokos ».

39 Dans ce même temps, Marie se leva, et s’en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda. 40 Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. 41 Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. 42 Elle s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. 43 Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? 44 Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein. 45 Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

46 Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, 47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48 Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, 49 Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint, 50 Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge Sur ceux qui le craignent. 51 Il a déployé la force de son bras ; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses. 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles. 53 Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide. 54 Il a secouru Israël, son serviteur, Et il s’est souvenu de sa miséricorde, – 55 Comme il l’avait dit à nos pères, -Envers Abraham et sa postérité pour toujours.

56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.

L’expression « Magnificat » vient du latin qui signifie « Je magnifie le Seigneur », ou bien, « mon âme exalte le Seigneur ». On a dit, à juste titre, que l’Evangile de Luc était « l’Evangile de la joie », et cette joie éclate, de toute part, dans tout ce premier chapitre.

Que ce soit dans la bouche d’Elisabeth (v.46), dans la bouche de Zacharie (v 67-77), communément appelé « le cantique de Zacharie » ou « benedictus », ainsi que dans la bouche des anges avec le « gloria in excelsis » ; au chapitre deux, ou bien encore  dans la bouche de Siméon avec le « cantique de Siméon » ou « nunc dimitis », tout est joie et exaltation. Et comment ne pas mentionner Anne, la prophétesse de 84 ans qui louait le Seigneur aussi.

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Quant au chant de Marie, puisque c’est de lui qu’il s’agit en ce jour, un commentateur s’est exclamé « splendide, le fleuve de joie qui traverse ce psaume ! » « Je magnifie le Seigneur ». Mais d’où vient la joie de Marie ? La réponse sort de la bouche d’Elisabeth alors qu’elle proclame cette béatitude « Heureuse celle qui a cru parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement. » (v.45)

C’est par sa foi, par sa confiance en la Parole de Dieu que Marie est dans la joie. Elle sait par la foi que cet enfant béni qu’elle attend vient de Dieu.

Pourtant, elle aurait pu être inquiète. D’une part, cette grossesse aurait pu la déstabiliser et, d’autre part, Marie, qui avait des projets différents doit aussi supporter le regard des autres. Quelle place allait-elle avoir dans la société, pensez-donc, une fille-mère, et si jeune !!! Et Joseph ? Mais l’Evangile selon Matthieu souligne que Joseph qui était prêt à rompre, est prévenu par un ange de ne pas la répudier.

Marie est enceinte, et ce, d’une manière unique et mystérieuse pour toute l’histoire de l’humanité. Sa joie ? Elle la tient du Saint-Esprit qui agit en elle. Sa vie est transformée, bouleversée à jamais mais sa joie tient en ce qu’elle sait qu’elle porte le Sauveur de l’humanité. Quelle grâce ! Quelle responsabilité ! Quelle joie ! Elle dit « Je magnifie le Seigneur, je suis transportée d’allégresse en Dieu, mon Sauveur. » 

Marie est transportée d’allégresse. Ce mot grec traduit par allégresse a une connotation très forte et se traduit par « exulter ».

Il y a de quoi envier une telle allégresse. Cette jeune israélite, pauvre, fille mère, menacée de perdre son fiancé, d’être mise au ban de la société, éclate d’allégresse ! Le regard des autres ne compte pas, seul le regard et la décision de Dieu compte à ses yeux.

C’est sa foi qui lui permet de vivre une telle joie, une telle acceptation sans bien tout comprendre, mais elle a confiance et cela fait toute la différence.

Marie est l’exemple même de la foi. C’est ce que lui a dit Elisabeth « Heureuse celle qui a cru. » Marie se souvient des promesses de Dieu et les voit s’accomplir. Elle a été choisie. Bien qu’elle ne comprenne pas ce choix, elle accepte, car comment refuser le choix de Dieu.

D’ailleurs l’ange ne lui a pas dit « es-tu d’accord ? » Dieu connaissait le cœur de Marie et l’a choisie pour être la mère de son Fils. Marie participe ainsi au plan divin et mystérieux de Dieu.

Le Magnificat de Marie est à l’image de son âme. Tout ce qu’elle dit, tout ce qu’elle fait vient de la Parole de Dieu. Marie vit de Dieu, de sa Parole, elle parle et pense par la Parole. La Parole de Dieu devient sa parole et donc ses pensées sont inspirées par la Parole, c’est-à-dire par Dieu. Marie n’a qu’un seul but : accomplir la volonté de Dieu.

Ici, une parole du prophète Jérémie fait écho avec les paroles de Marie, avec sa vie tournée vers Dieu « Si je dis: Je ne ferai plus mention de lui, je ne parlerai plus en son nom, il y a dans mon cœur comme un feu dévorant qui est renfermé dans mes os. Je m’efforce de le contenir, et je ne le puis. » Jr20.9

Et au moment où elle porte le Fils de Dieu, elle porte la Parole faite chair la Parole de Dieu qui va s’incarner sur terre pour le salut des hommes.

La foi en la Parole de Dieu, la conformité de sa vie avec la Parole de Dieu, sa volonté soumise à Dieu, explique aussi le choix de Dieu qui s’est porté sur Marie.

Marie, comme servante du Seigneur, est aussi remplie d’amour. Elle enveloppera son fils dans cet amour tout au long de sa vie, elle se montrera humble lorsqu’elle accompagnera son fils car elle sait qui il est.

L’exemple en est donné dans l’Evangile de Jean, lors des noces de Cana. Marie perçoit le besoin des époux et elle les présente à Jésus (Jn2.1-12) de même, elle s’effacera au cours de la vie publique de son fils car elle connaît sa mission, ce pour quoi le Père l’a envoyé, sauver et fonder une nouvelle famille, l’Eglise.

A la croix, elle vivra un moment douloureux mais son fils lui donnera un autre fils en la personne de Jean. A la Pentecôte, c’est autour de Marie que les disciples se rassembleront dans l’attente du Saint-Esprit Ac1.14

En relisant le Magnificat, toute l’attitude de Marie apparaît. Il n’est donc pas étonnant qu’elle se comporte comme cela vient d’être vu. Ici, il est visible que ces actes sont conformes à sa pensée, à ce qu’elle est en Dieu son Sauveur.

Dans le Magnificat, se trouve une référence au Psaume 103 qui dit « Mon âme bénit l’Eternel, que tout ce qui est moi bénisse son saint nom ».

Marie dit « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur par ce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. » Lorsque Marie parle de bassesse, il faut comprendre son propos. En grec, « bassesse » se dit « tapénosin », ce qui signifie humiliation, humilité, abaissement.

Dieu a fait un don merveilleux, unique, à Marie mais elle n’en retire aucune gloire, aucun orgueil n’apparaît dans son cœur, dans ses pensées, dans ses paroles, dans ses actes. Son attitude est de rendre grâce à Dieu, d’élever une louange à la gloire de son nom.

L’élection de Dieu ne change pas le cœur de Marie, cette élection confirme qui est Marie et pourquoi Dieu l’a choisie. De plus, lorsque Marie dit être la servante du Seigneur, le mot grec employé est « doulos » qui se traduit par « esclave ». Marie se décrit comme une esclave humble devant son Dieu, devant le Créateur. Marie ne fait que confirmer ce qu’elle avait déjà dit à l’ange Gabriel « Je suis la servante « la doulos » du Seigneur qu’il me soit fait selon ta parole » Lc1.38

Marie est consciente de la place accordée par Dieu, de la réalisation de la promesse faite dès Genèse. Elle dit « toutes les générations me diront bienheureuse » ; « il s’est souvenu de sa miséricorde, comme il l’avait dit à nos pères, envers Abraham et sa postérité pour toujours. » (v.55)

Marie a une conscience aiguisée de ce qui l’attend.

Donald Juel, un théologien spécialiste du NT, dit à ce sujet en citant ce verset 55 dans son livre « Luc-Actes – la promesse de l’histoire », je cite, « La naissance et la carrière de Jésus ne sont pas des faits isolés ou accidentels ; ils correspondent à des espoirs séculaires, à des promesses que Dieu fit à Abraham, père de sa race ».

De Marie à Abraham. De l’accomplissement à l’origine première de la foi dans la promesse, c’est toute l’histoire du salut, de l’alliance qui est au sein du magnificat, et ce, dans toutes ses dimensions, personnelles et communautaires. Marie rappelle ici l’histoire biblique du peuple d’Israël qui a commencé avec Abraham en Genèse 12.

C’est donc en Jésus, que se réalise la mystérieuse promesse biblique faite à Abraham.  Le Fils de Dieu devient fils de Marie, signe visible de la promesse de Dieu qui vient habiter parmi son peuple.

En ce jour, qui suit le jour de Noël, laissons-nous saisir par l’élan de joie de Marie et d’Elisabeth, laissons-nous saisir devant l’excellence du mystère de salut qui s’est accompli il y a deux mille ans et qui est encore vivant aujourd’hui. Comme Jean-Baptiste qui a trésaillé de joie dans le sein de sa mère, nous aussi, tressaillons de joie et accueillons en esprit et en vérité le Verbe incarné qui visite son peuple et continue avec amour, puissance et patience à le visiter.

Jésus dit « Voici je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voie et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » Apo3.20

Marie a su ouvrir sa porte à Dieu, Elle a su l’accueillir.  Nous aussi, ouvrons notre porte à Dieu, à Jésus notre Sauveur, notre Rédempteur, notre Seigneur car Jésus nous ouvre la porte étroite qui nous montre le chemin à parcourir. Ce parcours s’effectue à la suite de Jésus, il ne s’agit nullement d’un parcours en solitaire.

Comme Marie, soyons dans l’humilité, glorifions Dieu pour ce don merveilleux. En effet, il faut de l’humilité, littéralement être « pauvre » pour reconnaître dans la banalité d’un tel événement la réalisation d’un si grand mystère.

Les paroles de Jésus confirme cet état d’esprit, cet état du cœur pour accueillir le Sauveur lorsqu’il dit « Je te bénis Père d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélés aux humbles. » Mt11.25

Nul ne mérite d’être sauvé, c’est par grâce que nous sommes sauvés. Alors, comme Marie, laissons éclater notre joie et disons « parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint. » Lc1.49 

Oui, le Seigneur a fait et fait de grandes choses. Ne dit-il pas que nous sommes le Temple du Saint-Esprit. Voilà encore une chose prodigieuse, merveilleuse qui doit nous mettre dans une grande joie. Aussi, nous invoquons le saint nom du Seigneur. Exultons, adorons, louons, magnifions celui qui nous a réconciliés avec Dieu son Père.

A Dieu seul soit toute la gloire.  Amen, Alléluia.

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