Le pardon : le recevoir, le donner

Des cinq discours de l’Evangile selon Matthieu, le quatrième concerne l’Eglise.

Ce quatrième discours concerne la communauté des disciples qui n’est autre que l’Eglise. Le mot grec, « ekklesia », n’apparaît d’ailleurs que dans cet Evangile.

Ce discours se scinde en deux parties. Les onze premiers versets du chapitre 18 concernent la conversion et l’intégration du disciple dans la communauté.

21 Alors Pierre s’approcha de lui, et dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ?

22 Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois. 23 C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. 24 Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. 25 Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. 26 Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. 27 Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. 28 Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. 29 Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. 30 Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait. 31 Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. 32 Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; 33 ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait. 35 C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son coeur.

Les onze premiers versets vont se focaliser sur les « petits enfants ». En effet, les disciples désirent savoir qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus leur répond que le plus grand, c’est le plus petit. Ici, il faut comprendre que ceux qui conduisent l’Eglise doivent remplir deux conditions pour eux-mêmes et amener chacun à remplir ces deux conditions ; se convertir et devenir comme des petits enfants. Ce sont les deux conditions pour entrer dans le Royaume des cieux.

Les versets suivants s’adressent encore aux conducteurs, aux responsables. La brebis perdue doit retenir l’attention des pasteurs. Toute brebis égarée doit retenir l’attention de tout pasteur, c’est ainsi qu’il accomplit la volonté de Dieu. Jésus dit « Ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits, de ces brebis. »

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Mais il n’y a pas que les pasteurs dans l’assemblée. Les versets qui suivent l’indiquent clairement. Si ton frère a péché, par amour, afin qu’il ne se perde pas, reprend-le, ne le laisse pas s’égarer. Une brebis égarée, comme il a été dit, n’est pas la volonté du Père. Il faut être humble et doux de cœur pour reprendre et gagner un frère.

A la question des disciples, Jésus répond qu’il faut être comme des petits enfants. Puis il est question du pardon, du pouvoir des clefs.

Et là, c’est Pierre qui s’interroge et demande « Seigneur combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il pèchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? » Pierre doit penser que sa proposition est généreuse car les rabbins préconisaient de pardonner trois fois.

La réponse que Jésus lui donne, montre une autre dimension du pardon. En effet, Jésus répond « « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois ». Et comme bien souvent, Jésus use de parabole afin que ses disciples comprennent ce à quoi ressemble le Royaume des cieux.

Et Jésus de raconter la parabole du serviteur impitoyable. Un roi fait rendre compte à ses serviteurs. De combien étaient-ils débiteurs envers leur maître ? Un des serviteurs devait 10.000 talents à son maître.

Qu’il s’agisse de talents d’or ou d’argent, cela représente une somme considérable puisqu’un talent d’argent représente 500 deniers, soit un an et demi de salaire d’un journalier et qu’un talent d’or représente 6.000 deniers, soit 16 ans et demi de salaire, alors imaginez 10.000 talents !!!

Jésus parle d’une dette extravagante afin de montrer dans la suite de la parabole, la miséricorde du roi puisqu’il est dit que le roi qui voulait le vendre, lui et sa famille, est ému de compassion lorsque le serviteur se jette à terre et se prosterne.

L’origine latine du mot « compassion » signifie souffrir avec. Le roi souffre avec son serviteur. La compassion, c’est avoir de la miséricorde, de la bonté, de la charité.

Ce serviteur est au bénéfice de la miséricorde, de la compassion de son maître.

Mais Jésus ne s’arrête pas là. Ce serviteur endetté auquel le roi fait miséricorde à un compagnon qui lui doit 100 deniers, c’est-à-dire, un peu plus de trois mois de salaire.

Entre la dette du serviteur et celle du compagnon, il y a une disproportion telle qu’elle semble dérisoire.

En effet, si ce sont les talents d’argent qui sont retenus le compagnon doit 100 deniers au serviteur et le serviteur doit 5.000.000 de deniers au roi. Si ce sont les talents d’or qui sont retenus, c’est 60.000.000 de deniers auraient été dus au roi !!!

La dette du compagnon ne représente absolument rien. Alors pourquoi Jésus construit-il une telle histoire, une telle parabole ?

Ici, un contraste saisissant apparaît, alors que le roi a eu compassion du serviteur et lui a remis sa dette, le serviteur saisit son compagnon à la gorge et exige le remboursement de la dette.

Jésus montre que le compagnon a la même attitude envers le serviteur que le serviteur envers son maître. Mais la réponse est différente. Ici, point de compassion, point de remise de dette. Le compagnon est envoyé en prison jusqu’à ce que la dette soit payée.

Le serviteur aurait dû se rappeler de la compassion du roi et faire de même car 10.000 talents viennent de lui être remis et lui est incapable de remettre 100 deniers. Sa dette n’existe plus, mais il agit comme s’il devait encore la rembourser alors qu’il n’en aurait jamais été capable.

Dans le cœur du serviteur, aucune compassion, aucune miséricorde, aucune pitié.

Voici un serviteur qui reçoit sans reconnaissance et qui ne sait, par conséquent, pas donner non plus.

La portée spirituelle de cette partie de la parabole est que le roi qui a compassion, qui remet la dette du débiteur pour une somme plus que conséquente, n’est autre que Dieu, qui seul, peut effacer les péchés, les iniquités.

Que veut faire comprendre Jésus à ses disciples ? Si le cœur de Dieu peut pardonner à un tel niveau, le disciple ne peut-il pas faire de même à un niveau moindre ? Le cœur du chrétien ne doit-il pas être touché par la compassion de Dieu ? Est-ce que Dieu ne conduit pas le chrétien à la suite de Christ, dans l’amour, la miséricorde, la charité ?

Il ne faut pas cependant oublier le début de la parabole qui commence par le roi qui veut faire rendre compte à ses serviteurs.

Dieu veut que le chrétien prenne conscience de son état, prenne conscience qu’il ne peut continuer sur un chemin qui l’amène à sa perte. Alors Dieu le confronte et lui remet sa peine s’il se repent et change de comportement. Dieu est juste et miséricordieux.

La parabole ne prend pas fin ici. L’injustice du serviteur est vue par d’autres compagnons qui sont profondément attristés. Devant une telle injustice, ils vont voir leur maître et lui raconte ce dont ils ont été témoins.

Jésus parle de la miséricorde de Dieu mais elle n’annule aucunement sa justice.

Le serviteur ne s’est pas repenti et n’a pas changé de comportement. La violence habite en lui. Le manque de pardon est manifeste. La miséricorde de Dieu est bafouée. Sa dette a été effacée, et quelle dette !!! Et lui ne veut pas effacer une dette dérisoire, minime.

De même, l’attitude du serviteur ne trouve aucune justification puisque sa dette a été effacée. Il aurait dû se réjouir, être apaisé, dans la joie et dire à son compagnon ‘’ne t’inquiète pas pour ce que tu me dois’’. Mais non, son cœur est mauvais, sans pitié. Il sait recevoir mais il ne sait pas donner.

La justice du roi ne se fait pas attendre. La remise de sa dette est annulée.

Le roi lui dit « Ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon comme j’ai eu pitié de toi? ». La méchanceté du cœur de cet homme est confondue, confrontée à la miséricorde qui vient d’être bafouée, piétinée.

La portée spirituelle de cette dernière partie fait comprendre aux disciples que si Dieu remet la dette de ceux qui l’offensent, ceux qui l’offensent et qu’ils pardonnent doivent faire de même.

La dette remise à chaque chrétien ne peut être payée, c’est le don gratuit de Dieu qui réconcilie l’homme avec lui. Par la dette remise, l’homme peut commencer une vie nouvelle libérée de tout fardeau.

Dieu demande, « fais comme je t’ai fait », dans une moindre mesure évidemment car la dette de l’homme envers Dieu n’est pas comparable à la dette de l’homme envers l’homme.

Il s’ensuit que le méchant serviteur subit la peine qu’il a fait subir à son compagnon mais avec une dette bien supérieure.

Ici, la chute de la parabole semble incompréhensible. Dieu a accordé son pardon, sa grâce mais comme le serviteur s’avère être un méchant serviteur, Dieu récupère sa grâce. Dieu récupérerait donc sa grâce après l’avoir donnée ? Pourtant sa Parole ne nous enseigne-t-elle pas que lorsque Dieu donne, il ne reprend pas ?

Que signifie donc la chute de cette parabole d’autant que Jésus ajoute « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur ».

Ici, il faut se remémorer qu’il n’est pas question de l’individu en particulier mais de l’Ekklesia, de l’assemblée des croyants.

Dieu le Père désire, veut, que ses enfants, ceux qui ont le privilège d’être appelés enfants de Dieu se conduisent comme des enfants de lumière et non comme des enfants de ténèbres.

La lumière et les ténèbres peuvent-elles cohabiter ?

J’aimerais vous rappeler ce qu’il est advenu des 600.000 hébreux qui sont sortis d’Egypte. Combien sont entrés en Terre Promise ? Deux ! Josué et Caleb !

Tous les autres sont morts dans le désert. Dieu avait libéré son peuple de la servitude et son peuple s’est révolté contre lui, ne lui a pas obéi. Dieu a juré dans sa colère, car il peut se mettre en colère, que ce peuple, cette assemblée, n’entrerait pas dans son repos.

Une autre parabole ne parte-t-elle pas de cet homme qui vient au banquet des noces de l’Agneau sans habits de fête être jeté dehors ?

Celui qui est marqué du sceau de Dieu a reçu sa grâce, s’est repenti, a pardonné aux autres. En fait, il a marché à la suite de son Sauveur et Seigneur, il est enfants de Dieu et peut entrer dans sa sainte présence.

Lorsque Jésus partage la parabole du serviteur impitoyable, il sait ce qu’il va souffrir pour le pardon des péchés, pour le salut des hommes. Est-il possible de piétiner cette grâce sans en payer le prix ?

Ici, c’est la justice de Dieu qui apparaît, face à l’injustice du serviteur, la justice de Dieu est proclamée.

Dans l’assemblée, tous croissent ensemble. Cela rappelle une autre parabole, celle du blé et de l’ivraie. Une séparation interviendra à la fin. L’Eglise locale n’est pas l’Eglise universelle. Dieu seul sait ce qui anime ceux qui se rencontre dans les églises faites de main d’homme.

Tout au long de sa Parole, Dieu prévient que sa sainteté ne peut être bafouée et comme le dit Jésus « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur ».

Et la Parole la plus forte que nul ne doit ignorer est la prière que Jésus nous a laissée, le « Notre Père ». Dans cette prière que tout chrétien adresse à Dieu, il est dit « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

L’étonnement de Pierre et des disciples a dû conduire à une réflexion importante. Leur vision était basée sur l’Alliance des patriarches et Jésus les conduit beaucoup plus loin dans leur interrogation, dans leur compréhension.

En fait, Jésus, par le biais de la parabole leur fait comprendre que Dieu pardonne un passé que nul ne peut effacer, un passé qui a offensé Dieu, un passé connu de Dieu qui seul peut l’effacer. Au regard de la dette immense due à Dieu et payée par Christ à la croix, qui peut ne pas pardonner des choses sans valeur, Jésus montre clairement que pardonner c’est aimer, aimer c’est avoir compassion, avoir compassion, c’est souffrir avec l’autre. Dieu souffre de la séparation de l’homme avec Lui, il abat le mur de séparation et ses enfants, ceux qu’il a adoptés érigeraient des murs de séparation les uns avec les autres ? Comment celui qui est né de nouveau, qui a reçu une vie nouvelle, qui marche à la suite du Christ oserait dire qu’il ne pardonne pas à son frère. Cela signifierait qu’il n’est pas dans la lumière, qu’il est encore ténèbres et Dieu ne pourrait consentir, au vu de sa sainteté, à le garder auprès de lui.

Et Jésus donne la conclusion pour ceux qui seraient tentés de ne pas pardonner « c’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur ».

Cette parabole doit encore aujourd’hui nous interpeller.

Sommes-nous enclins à pardonner à ceux qui nous offensent, qui sont débiteurs envers nous ?

Christ nous a donné l’exemple suprême à la croix alors que les créatures tuaient le Créateur « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Amour et pardon vont ensemble. Amour et pardon sont possibles en gardant les yeux fixés sur Jésus. Jésus demande à chacun d’entre nous de faire de même.

C’est par grâce que le salut a été donné aux hommes, par amour, pour reconstruire la relation brisée entre Dieu et les hommes. Pardonnés, nous pouvons entrer dans la présence de Dieu. Lorsque nous pardonnons, aucun obstacle ne se dresse entre Dieu et celui qui pardonne, entre celui qui pardonne et celui qui reçoit le pardon. Ce pardon ne peut être connu et reconnu que par la repentance, que par un changement de comportement. Les paroles qui sortent de nos lèvres doivent être celles du cœur. Aucune dichotomie n’est possible dans la relation avec Dieu car il est saint et nous devons être saints.

Que chacun se demande s’il a remis toute dette à son prochain, non seulement dans l’assemblée des croyants afin que la paix de Dieu demeure, mais auprès des non croyants afin d’être un témoignage du Christ en dehors de l’assemblée.

Que Christ nous aide à demeurer dans son amour, à recevoir chaque jour son pardon, sa grâce et que nous soyons nous-mêmes des artisans de paix, d’amour, de bienveillance chaque jour que Dieu nous donne.

A Dieu soit toute la gloire.

Amen.

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