Luther et la réformation

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour commémorer la Réformation. Elle a pris naissance en Allemagne, à Wittenberg, le dimanche 31 octobre 1517.

95 thèses ont été affichées sur la porte de l’église par Martin Luther, moine augustin et professeur d’université.

Ces thèses portent sur la puissance des indulgences.

Tout Protestant connaît, plus ou moins, l’histoire de Martin Luther. Mais il semble préférable de rappeler quel a été le parcours de celui qui a conduit à la Réforme.

Luther était torturé par le salut de son âme, serait-il sauvé ?

Que s’est-il passé dans le cœur de Luther ?

16 Car je n’ai point honte de l’Évangile: c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec,17 parce qu’en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit: Le juste vivra par la foi.

27 Où donc est le sujet de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle loi ? Par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi.

28 Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi.

29 Ou bien Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs ? Ne l’est-il pas aussi des païens ? Oui, il l’est aussi des païens,

30 puisqu’il y a un seul Dieu, qui justifiera par la foi les circoncis, et par la foi les incirconcis.

31 Anéantissons-nous donc la loi par la foi ? Loin de là ! Au contraire, nous confirmons la loi.

17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

18 Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.

17 Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

18 Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé.

19 Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.

20 Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.

C’est en relisant l’Epître aux Romains, écrite par l’apôtre Paul, que Martin Luther prend conscience que le salut s’obtient par la foi et non par les œuvres. L’Epître aux Romains le libère de son tourment.

Luther n’a jamais pensé agir contre l’Eglise. Il désirait simplement qu’elle revienne à la Parole de Dieu. Il est saisi par les offenses répétées envers Dieu et son Eglise.

La Réforme qui va suivre n’est due qu’à l’opposition de la doctrine catholique romaine de la justification par les œuvres.

Cette justification par les œuvres était bien connue dans l’Eglise. Il fallait s’acquitter d’indulgences que seule l’Eglise pouvait accorder au pécheur.

Les abus de cette pratique ont été dénoncés par John Wycliffe, un Anglais, né en 1320 et mort en 1384. Il a été fait le reproche à Wycliffe de semer le désordre social. En 1382, sa doctrine est condamnée par trois synodes, tenus à Londres, par les Dominicains. Wycliffe n’est pas excommunié.

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Les idées de Wyclif ont eu un rayonnement considérable en Angleterre et hors d’Angleterre, particulièrement à Prague et dans toute l’Europe centrale, où elles inspirent Jan Hus, né en 1369, théologien et universitaire tchèque. Il traduit les Evangiles en langue tchèque et prêche en tchèque. Il est excommunié le 18 juillet 1410 et brûlé vif en 1415 à Constance, suite au Concile. C’est lors du même concile que Wycliffe est condamné comme hérétique. En 1428, ses ossements sont déterrés, brûlés et jetés dans la rivière Swift, dans l’ouest de l’Angleterre.

La pratique des indulgences évolue. L’indulgence accordée en 1506 pour quiconque aiderait à la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre n’est pas pour rien dans la Réforme.

En 1515, le pape Léon X renouvelle l’indulgence.

En 1516-1517, le dominicain Jean Tetzel est chargé de vendre des indulgences au nom d’Albert de Hohenzollern de Brandebourg, archevêque de Mayence.

Jean Tetzel était intéressé à la vente des indulgences, et ce, à hauteur de 50%, qui lui était accordé par la Curie. Il s’est montré très habile dans son domaine de compétence ! Un slogan lui est attribué « aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du Purgatoire »

Mais la pratique des indulgences est de plus en plus perçue comme une forme de corruption au cours du XVIe siècle.

Il faut savoir que dans le Catéchisme de l’Église catholique de 1992, l’Église réaffirme son droit à octroyer les indulgences, « en vertu du pouvoir de lier et de délier qui lui a été accordé par le Christ Jésus ».

Luther s’attaque au principe même de cette pratique.

Les 95 thèses affichées sur la porte de l’église de Wittenberg indiquent que seul Dieu peut justifier les pécheurs.

Luther dénonce les indulgences pour les âmes du purgatoire mais aussi celles en faveur des vivants. Il accuse l’Eglise de profiter de la peur de l’enfer.

Luther souligne de même que seule la repentance accorde le pardon des péchés par Dieu et que l’indulgence ne fait qu’éloigner le pécheur de son véritable devoir.

Fin juin 1520, le pape Léon X publie une bulle pontificale.

Le 10 décembre 1520, Luther brûle la bulle et le droit canonique. Il est excommunié le 03 janvier 1521.

Charles de Habsbourg, dit Charles Quint, empereur du saint Empire romain germanique depuis 1493, convoque Luther en avril 1521 devant la diète de Worms (Rhénanie-Palatinat).

Face à l’empereur, Luther refuse à nouveau de se plier aux exigences de l’Église. Il proclame notamment :

« À moins qu’on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l’Écriture ou par des raisons évidentes – car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu’il est évident qu’ils se sont souvent trompés et contredits – je suis lié par les textes de l’Écriture que j’ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide. »

Sa mise au ban de l’Empire est alors prononcée. N’importe qui peut désormais le mettre à mort impunément. Il dispose cependant de divers appuis politiques, tels celui du landgrave de Hesse et surtout celui du prince-électeur de Saxe Frédéric III le Sage.

Frédéric III fait enlever Luther par des hommes de confiance alors qu’il traverse la forêt de Thuringe le 4 mai 1521 car il craint pour sa vie.

Luther est mis à l’abri au château de la Wartburg, près d’Eisenach. C’est là qu’il commence la traduction de la Bible, en commençant par le Nouveau Testament.

Luther n’avait pas à l’esprit de fonder une nouvelle religion, mais simplement de revenir à la source des Ecritures, revenir tout simplement à la Parole de Dieu.

Luther a compris, après bien des angoisses quant à son salut que celui-ci s’obtenait par la foi et non par les œuvres.

Pourquoi a-t-il fallu que Luther atteigne l’âge de 34 ans avant de comprendre les Ecritures qu’il semblait connaître ?

Quel est le passage de l’Epître aux Romains qui a interpellé Luther ?

C’est Romains 1.17 « Parce qu’en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu’il est écrit : Le juste vivra par la foi ». 

Ce verset lui a fait prendre conscience que l’église catholique romaine prône une doctrine erronée sur la justification, d’où le fameux « sola fide », seule la foi, la justification par la foi.

Ce verset révèle, en effet, en quoi consiste la justice que Dieu accorde : elle est reçue par la foi et rien que par la foi, comme il est dit : « Le juste vivra par la foi. » Cette simple vérité biblique montre que la justice de Dieu peut devenir celle du croyant, et ce, par le biais de la foi.  

Toutefois, il est nécessaire de préciser que c’est l’Epître aux Romains dans son ensemble qui a influencé la pensée du réformateur allemand.

Il est utile de prendre quelques versets clés de cette Epître afin de mieux comprendre de quoi il s’agit

« Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. » Rm3.28

Si donc le chrétien est justifié par la foi devant Dieu, il ne peut en aucune manière s’agir des œuvres, et encore moins de l’or et l’argent qui sauvent le chrétien.

Un autre verset retient aussi toute l’attention « Car, comme par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l’obéissance d’un seul beaucoup seront rendus justes. Or, la loi est intervenue pour que l’offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé, afin que, comme le péché a régné par la mort, ainsi la grâce régnât par la justice pour la vie éternelle, par Jésus Christ notre Seigneur » Rm5.19-21

Ces versets montrent que Dieu reçoit comme justes ceux qui professent leur foi en Jésus seul, grâce à l’œuvre que Christ a accomplie à la Croix.

Et voici un autre verset « Or, à celui qui fait une œuvre, le salaire est imputé, non comme une grâce, mais comme une chose due ; et à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice ». Rm4.4-5

C’est donc Christ qui justifie le croyant devant Dieu et non les œuvres.

Et enfin, les derniers versets qui peuvent aussi être pris en compte pour la compréhension de la justification par la foi et qui parlent d’Abraham, le père de tous les croyants « C’est pourquoi cela lui fut imputé à justice. Mais ce n’est pas à cause de lui seul qu’il est écrit que cela lui fut imputé ; c’est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur, lequel a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification. » Rm4.22-25 

Cette justification est donc comprise de manière légale parce que Dieu accorde cette justification à ceux qui mettent leur foi en Christ.

Cependant, cela ne change en aucun cas la nature corrompue de l’homme. Seul son statut change aux yeux de Dieu puisqu’il est déclaré juste par celui-ci.

Le chrétien est donc élevé à un rang où il peut en conséquence jouir des privilèges tels que la rédemption, l’adoption divine, la sanctification, la glorification, ou encore l’union avec Christ.

Ce qui est clair dans la démarche de ces réformateurs, c’est la proclamation que seule la Bible est la source légitime d’autorité chrétienne.

Luther ne fait pas que poser l’affirmation de la justification par la foi comme un des éléments de sa théologie, il en fait le principe sur lequel tout repose : « La justification par la foi est l’article principal de notre doctrine. Ce seul article maintient l’Église du Christ ; là où cet article est perdu, le Christ ainsi que l’Église sont perdus, et ni la connaissance des doctrines ni l’Esprit ne demeurent. Il est le soleil, le jour, la lumière de l’Église. »

Si Luther s’est élevé contre les indulgences, ce n’est pas seulement parce qu’une manne financière tombait dans l’escarcelle de l’Eglise, c’est parce que l’indulgence dans son essence est une remise en question du don gratuit de Dieu que l’on trouve dans l’Évangile.

Pour Luther, le chrétien se définit par deux principes :

  • Agir selon sa conscience.
  • Laisser cette conscience être éclairée par l’Évangile.

 

La force du protestantisme repose sur la capacité de ses membres à exercer sa liberté de conscience et à se laisser inspirer par la Bible.

Si le protestantisme est fondé sur la liberté de conscience éclairée par l’Évangile, les institutions deviennent secondes. Il n’est pas sûr que les institutions protestantes actuelles existeront toujours, en revanche il existera encore des hommes et des femmes qui seront bouleversés par la parole de grâce et de liberté que l’on trouve dans les Evangiles.

Lorsque Luther dit : « Je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Que Dieu me soit en aide », il dit que sa conscience est captive de la Parole de Dieu.

Luther a fait une chose importante. Il a traduit la Bible en Allemand. En cela, il a suivi ce qu’avait fait Jean Hus lorsqu’il traduisit les Evangiles en tchèque. Wycliffe l’avait aussi fait en 1381. C’est toute une lignée de réformateurs qui prend conscience que le commun des mortels peut, grâce à la foi et à l’aide du Saint-Esprit, comprendre la Bible et en tirer profit car, partout, les Ecritures étaient réservées aux ecclésiastiques et étaient écrites en latin.

D’autres se lèveront à la suite de Luther car la Réforme doit être constante. L’homme a la fâcheuse tendance à s’approprier le pouvoir, à l’usurper pour sa propre gloire au dépend de la souveraineté de Dieu. Comment des hommes versés dans les Ecritures peuvent-ils faillir à ce point dans leur mission ?

Dieu est souverain et veille sur sa Parole quoi que fassent les hommes. La réforme entreprise par Luther et suivie par d’autres montre combien la réforme doit être constante. Elle ne peut sonner comme un temps fini, statique.

La question se pose dès lors de savoir ce qu’il en est de notre propre réforme.

Lorsque Jésus vient habiter en nous par son Esprit-Saint, nous commençons un nouveau chemin de vie, avec une vie nouvelle. Cela va changer notre regard, notre vision du monde qui va devenir conforme à la Parole de Dieu.

Si aujourd’hui, nous fêtons la Réforme qui nous a libérés du joug religieux, nous ne devons pas céder à un autre joug, celui du monde qui peut nous attirer et nous éloigner de Dieu.

Jésus nous appelle à vivre le Décalogue à la lumière de sa réformation. Jésus n’appelle personne à une religion avec des rites, des contraintes purement humaines qui paralysent la vie.

La réforme voulue par Dieu, c’est la liberté, car là où est l’Esprit, c’est la liberté, c’est la communion avec Dieu, la communion fraternelle. C’est l’écoute de la Parole, sa mise en pratique, c’est le Saint-Esprit donné par Jésus qui nous aide à avancer, à tenir ferme. Veillons à ne pas nous créer de nouveaux jougs, de nouvelles restrictions.

Que Dieu soit souverain dans nos vies afin que sa joie et sa paix parfaites habitent en nous. Le privilège d’être enfants de Dieu nous conduit à nous réformer chaque jour à la lumière de sa Parole, de sa Vérité car « moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance. » Jn10.10 L’évangile révèle aussi comment Dieu est et demeure juste ; il ne déroge pas à ses caractères essentiels et reste conforme à lui-même, en ayant avec l’homme d’autres rapports que ceux d’un juge : au lieu de condamner, il déclare juste celui qui croit, il lui donne sa justice, la justice de Dieu, car il est le Dieu sauveur.

L’homme ne peut absolument pas se tenir devant Dieu avec sa propre justice, quels que soient ses efforts. Il faut qu’il soit revêtu de la justice de Dieu en croyant à l’évangile. Il ne peut l’être que “sur le principe de la foi” (ou à partir de la foi). Si l’évangile s’adresse à tous sans distinction, la justice de Dieu est “pour la foi”, donc pour tous ceux qui croient en Christ le Sauveur, mais seulement pour ceux-là.

La justice de Dieu revêt celui qui croit ; il est appelé juste et il “vivra de foi” ; il reçoit la vie, la vie éternelle.

En conclusion, qu’est-ce qui est si important concernant la justification par la foi ? Il s’agit de la doctrine sur laquelle l’Église se construit. Sans elle, il n’y a ni salut, ni sanctification, ni glorification, donc pas de relation personnelle avec Dieu. C’est la raison pour laquelle Luther, à l’instar de John Wycliffe et Jean Hus, a lutté et donné sa vie pour que chaque croyant puisse recevoir le salut éternel en Christ.

En 1520, grâce à l’imprimerie, les idées de la Réforme se propagent en France

Pour nous, réformés calvinistes, Jean Calvin est celui qui a permis qu’une nouvelle église se structure en rupture avec l’église catholique dès 1540, et ce, depuis Genève où il a dû se réfugier. La première Église protestante est celle de Meaux. Il a été commémoré dernièrement le martyr des 14 protestants brûlés vifs sur la place du marché car la Réforme était née dans leur cœur et l’Evangile était leur seule source de vie.

N’oublions pas, nous sommes ceux qui reprennent le flambeau des réformateurs, peu importe de quelle région nous venons, de quel pays nous sommes issus. Si l’Evangile de Jésus-Christ fait son chemin en nous, si nous nous réformons chaque jour dans le but de ressembler à Jésus, alors, tous, nous sommes les bienvenus au sein de cette réforme qui se doit de rester vivante pour la gloire de Dieu à qui seul est la gloire.

Amen.

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