Piège sans issue ?

Le texte de Matthieu qui vient d’être lu illustre un piège tendu à Jésus par ses détracteurs.

Un double regard peut être porté sur ce piège :

  • humainement parlant, il est sans issue.
  • divinement parlant, il est déjoué par Jésus.

Ce texte doit être replacé dans le contexte immédiat et dans le contexte de l’histoire de l’Alliance afin de ne pas l’appauvrir.

Le chapitre précédent montre l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem. La foule le presse de tous côtés. De même, elle crie « Hosanna au Fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très haut. » Mt21.9.

Matthieu 22 : 15-22

15 Alors les pharisiens allèrent se consulter sur les moyens de surprendre Jésus par ses propres paroles. 16 Ils envoyèrent auprès de lui leurs disciples avec les hérodiens, qui dirent: Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t’inquiéter de personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes. 17 Dis-nous donc ce qu’il t’en semble: est-il permis, ou non, de payer le tribut à César? 18 Jésus, connaissant leur méchanceté, répondit: Pourquoi me tentez-vous, hypocrites? 19 Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier. 20 Il leur demanda: De qui sont cette effigie et cette inscription? 21 De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 22 Étonnés de ce qu’ils entendaient, ils le quittèrent, et s’en allèrent.

Proverbe 8 : 1-21

1 La sagesse ne crie-t-elle pas? L’intelligence n’élève-t-elle pas sa voix? 2 C’est au sommet des hauteurs près de la route, C’est à la croisée des chemins qu’elle se place; 3 A côté des portes, à l’entrée de la ville, A l’intérieur des portes, elle fait entendre ses cris: 4 Hommes, c’est à vous que je crie, Et ma voix s’adresse aux fils de l’homme. 5 Stupides, apprenez le discernement; Insensés, apprenez l’intelligence. 6 Écoutez, car j’ai de grandes choses à dire, Et mes lèvres s’ouvrent pour enseigner ce qui est droit. 7 Car ma bouche proclame la vérité, Et mes lèvres ont en horreur le mensonge; 8 Toutes les paroles de ma bouche sont justes, Elles n’ont rien de faux ni de détourné; 9 Toutes sont claires pour celui qui est intelligent, Et droites pour ceux qui ont trouvé la science. 10 Préférez mes instructions à l’argent, Et la science à l’or le plus précieux; 11 Car la sagesse vaut mieux que les perles, Elle a plus de valeur que tous les objets de prix. 12 Moi, la sagesse, j’ai pour demeure le discernement, Et je possède la science de la réflexion. 13 La crainte de l’Éternel, c’est la haine du mal; L’arrogance et l’orgueil, la voie du mal, Et la bouche perverse, voilà ce que je hais. 14 Le conseil et le succès m’appartiennent; Je suis l’intelligence, la force est à moi. 15 Par moi les rois règnent, Et les princes ordonnent ce qui est juste; 16 Par moi gouvernent les chefs, Les grands, tous les juges de la terre. 17 J’aime ceux qui m’aiment, Et ceux qui me cherchent me trouvent. 18 Avec moi sont la richesse et la gloire, Les biens durables et la justice. 19 Mon fruit est meilleur que l’or, que l’or pur, Et mon produit est préférable à l’argent. 20 Je marche dans le chemin de la justice, Au milieu des sentiers de la droiture, 21 Pour donner des biens à ceux qui m’aiment, Et pour remplir leurs trésors.

Dès leur retour, la reconstruction du Temple est au cœur des préoccupations des Juifs.

Zorobabel, chef du peuple, nommé gouverneur de la province perse de Judée et petit fils du roi Yehoyaqin (Joachin) et Josué, sacrificateur commencent par reconstruire l’autel des sacrifices.

Le peuple revient avec l’assurance de toujours être « le peuple de DIEU », peuple pardonné et réconcilié avec lui.

Puis, les fondations du Temple sont posées et le culte est à nouveau célébré.

Cependant des difficultés en grand nombre attendent les Israélites.

Contactez/suivez-nous

Les « changeurs » étaient habilités à changer la monnaie romaine, considérée comme impure, par rapport à la monnaie grecque. Ils se tenaient dans le parvis des païens car la monnaie romaine ne pouvait franchir le seuil du temple destiné aux seuls Juifs. C’est dans ce parvis que Jésus chasse tous ces gens.

A cause de cet acte, les scribes et les pharisiens s’en prennent à Jésus, mais sans plus, à cause de la foule qui acclame Jésus. Ils se retirent afin d’élaborer un piège qui discrédite Jésus.

De plus, ils haïssent Jésus car il prêche à l’aide de paraboles qui dénoncent l’autorité religieuse en place. Jésus enseigne dans le temple, interpelle, suscite des questionnements et donne des réponses justes, qui dépassent même les connaissances des docteurs de la loi qui ne reconnaissent pas Jésus pour autant.

Dans le chapitre 22, où Jésus déjoue le piège tendu par les élites religieuses comportent aussi des paraboles qui visent le pouvoir en place. Jésus sait toujours répondre, de manière authentique, et le chapitre se termine par « Nul ne put lui répondre un mot. Et depuis ce jour, personne n’osa plus lui proposer de questions. »

Les quelques versets qui ont été lus décrivent le piège tendu par des pharisiens et des hérodiens qui consiste à savoir s’il est permis de payer le tribut, c’est-à-dire les impôts, à César.

Avec leur hypocrisie habituelle, ils envoient leurs disciples flatter Jésus qui lui disent « Maître, nous savons que tu es vrai et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t’inquiéter de personne car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes. » les pharisiens et les hérodiens restent en retrait en attendant que le piège se referme sur Jésus.

Pensent-ils que Jésus va être moins vigilant avec leurs disciples ou craignent-ils d’être remis à leur place une fois de plus ? Quant aux disciples, pensent-ils vraiment ce qu’ils disent ? Si cela était le cas, pourquoi vouloir piéger celui qui est vrai et enseigne la voie de Dieu ! Mais ils l’appellent maître pensant que Jésus leur ressemble et peut se sentir flatté.

En disant « maître », ils donnent le titre de « didascalos », maitre et docteur. Or, seuls ceux qui avaient été enseignés par Shamaï et Hillel pouvaient prétendre à ce titre honorifique.

Pour information, l’Apôtre Paul a été enseigné par Gamaliel, petit fils de Hillel. Ac22.3  

Jésus, n’a été enseigné par personne sinon le Père lui-même.

Jésus avait été étonné par Nicodème, le « maître », venu le rencontrer de nuit car il n’était pas capable de comprendre ces propos. Aussi, lui avait-il dit « Tu es docteur « didascalos » en Israël et tu ne sais pas ces choses ! » Et Nicodème a reconnu en Jésus un docteur venu de Dieu. Jn3

Contrairement aux docteurs qui parlaient selon l’autorité de leur maître, Jésus parlait de sa propre autorité « Il a été dit… mais moi je vous dis… » Tout comme un maître, Jésus a des disciples. Ils sont peu instruits et issus du peuple.

Les femmes aussi sont enseignées par Jésus et à ses pieds, telle Marie. Même les prostituées et les gens de mauvaise vie sont acceptés auprès de lui.

La caste religieuse le lui reproche mais dit pourtant la vérité malgré un cœur tortueux « Maître, nous savons que tu es vrai et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t’inquiéter de personne car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes. » Après la vérité, le piège est tendu.

Les hérodiens soutiennent Rome et son culte idolâtre. Les pharisiens contestent l’impôt et ne reconnaissent ni Hérode comme roi, ni César d’ailleurs.

Ils se haïssent, mais font, en ce jour, alliance pour piéger Jésus. Ils acceptent de faire un compromis pour parvenir à leurs fins.

Donc, après la vérité, le piège, une simple question « Est-il permis ou non de payer le tribut à César ? »  

En effet, César imposait quatre impôts directs aux contribuables dont l’impôt sur les citoyens de droit pérégrin, c’est à dire étranger libre dans une des provinces de l’empire et qui ne peut acquérir la citoyenneté romaine.

Et c’est de cet impôt dont il est question. Il est calculé par personne, d’où les divers recensements imposés par César Auguste, comme celui qui a eu lieu lors de la naissance de Jésus. 

En quoi cette question est-elle un piège ?

Si la réponse est de payer l’impôt :

  • Jésus sera considéré par la population comme un mauvais Juif, comme un traître qui collabore avec l’occupant romain et qui se compromet avec une religion idolâtre.
  • Jésus se discréditera aux yeux du peuple, car c’est un impôt romain. Cet impôt signifie la reconnaissance que la terre d’Israël appartient à César et non au peuple juif. La théologie de la Terre Promise de l’Alliance et l’appartenance d’Israël au seul vrai Dieu serait remise en question Dt30
  • Alors, les pharisiens dénonceraient Jésus comme étant contre la Seigneurie de Dieu. Il ne serait qu’un blasphémateur et non le Fils de David et encore moins «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
  • Reconnaître cet impôt, c’est reconnaître César comme roi. C’est un blasphème.


Si la réponse est de refuser l’impôt :

  • Jésus sera sanctionné comme voulant échapper au régime fiscal imposé aux citoyens pérégrins.
  • Jésus deviendrait donc un nationaliste, au même rang que les zélotes, dont la vie n’est pas épargnée par les romains et les hérodiens.
  • Les hérodiens le dénonceront et l’arrêteront pour le juger et les pharisiens en seraient débarrassés.


Dans les deux cas de figure, Jésus est dans une fâcheuse situation.

De plus, la question posée à Jésus est pernicieuse à plus d’un titre, car, s’il ne répond pas, cela signifie qu’il n’est ni un maître, « didascalos », ni un bon enseignant et ni un prophète comme la foule le croit et l’acclame. « C’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée. » Mt21.11

Tout a été mis en place pour « supprimer » en quelque sorte, Jésus.

Les hérodiens et les pharisiens se réjouissent déjà du résultat.

Mais, c’est oublier la sagesse suprême et éternelle de la Parole faite chair, telle qu’elle est mentionnée en Proverbe 8, qui a été lu.

Jésus va-t-il tomber dans le piège tendu par les ténèbres ?  

A leur question, Jésus commence par leur répondre par une question « pourquoi me tentez-vous hypocrites ? » Jésus dénonce publiquement ce qu’ils sont. Puis, il leur dit « Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier. »

Il faut savoir que les pièces romaines portaient sur une face le buste de l’empereur représenté comme un dieu, et sur l’autre face une inscription : Tibère César, fils du divin Auguste.

Comme tout empereur romain, Tibère César était considéré comme un dieu. Cette monnaie était une abomination pour les Juifs.

Là encore, Jésus dénonce, aux yeux de tous, les pharisiens qui se compromettent en ayant de la monnaie idolâtre sur eux.

Car, non seulement, ils ont de la monnaie idolâtre, mais ils ont aussi les versets de la Torah, contenus dans des tephillim (petites boites noires attachées au front et au bras). La compromission s’affiche dès lors aux yeux de tous.

Un des passages mentionné dans les téphillim est « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est un. »

Ce qui apparait aussi, c’est que, d’une part, Jésus ne porte pas de tephilim mais que, d’autre part, il n’a pas non plus de monnaie romaine idolâtre sur lui. Il n’y a aucune compromission en Jésus.

Donc, un denier est remis à Jésus. Les hérodiens et les pharisiens ne se doutent pas que Jésus va les confondre.

Les disciples envoyés pour piéger Jésus disent « Maître, nous savons que tu es vrai et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. » Ils ne savent pas encore à quel point Jésus est LE Maître et combien il enseigne la voie de Dieu selon la vérité. Tous vont l’apprendre à leurs dépens.

C’est rapide, clair, net et précis !

  • question des détracteurs « est-il permis de payer le tribut à César ? »
  • question de Jésus « de qui sont cette effigie et cette inscription ? »
  • réponse des détracteurs « de César »
  • réponse de Jésus « rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »


Ici, il faut prendre en compte que Jésus ne répond pas directement à la question posée mais va bien au-delà. A la question « payer », la réponse est « rendez ».

Rendre signifie que cela n’est pas un bien propre. Cette monnaie, avec cette effigie, ne peut être intégrée dans le patrimoine d’Israël. L’idolâtrie ne peut être intégrée au peuple de Dieu. Rendez, signifie ici que cela appartient à César. C’est l’obligation politique qui est soulignée par Jésus.

Mais Jésus souligne une autre obligation, l’obligation de droit divin. Et ce droit est bafoué par la compromission des élites.

Les téphillim qu’ils portent ne sont que des accessoires extérieurs. La parole de Dieu n’a pas été intériorisée, n’est pas parvenue à leurs cœurs.

La gloire et l’honneur qui sont dus à Dieu est piétiné par ces élites corrompues. La priorité n’est-elle pas de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ?

Que peut bien nous dire aujourd’hui cet échange entre Jésus et ses détracteurs ?

Comme chacun le sait, le cœur de l’homme n’a pas changé. Il aime les biens matériels, les honneurs, les flatteries, les premières places. Les élites religieuses aimaient le pouvoir temporel au point de mettre de côté, non le pouvoir spirituel que s’arrogent certaines personnes, mais le règne éternel de Dieu. Ils avaient une apparence religieuse avec les tephillim exhibés sur leurs corps, mais leurs êtres étaient desséchés. Ils ne s’abreuvaient pas à la source de la vie.

Pour nous aujourd’hui, il nous faut aussi rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire, ne pas chercher à construire nos vies sur des biens matériels qui se corrompent, ne pas chercher les honneurs. Il va sans dire que l’hypocrisie et la compromission sont à bannir.

Pour nous aujourd’hui, il nous faut rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, c’est-à-dire, nos vies, afin qu’elles soient transformées par le Saint-Esprit. Cela signifie que nous devons sonder sa parole afin d’y obéir, prier, que nous devons chercher et accomplir sa volonté. Il nous faut apprendre à servir et non être servi. Bref, il nous faut apprendre à aimer comme Jésus nous a aimés.

La route est longue et parsemée d’embûches mais l’Esprit-Saint qui a animé Jésus nous anime aussi afin que nous puissions faire face, que nous puissions confondre l’esprit de ce monde impie.

Que notre louange et notre adoration montent devant le trône de Dieu.

A lui soit toute la gloire.

Amen.

Partager l'article

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Commentaires en interligne
Afficher tous les commentaires